Le chemin des aranious

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Mon père se promenait dans les deux allées de la classe tout en dictant de son accent catalan qui devait perturber les petits bressans. Moi, ce qui me perturbait, c’était de sentir qu’il se rapprochait dangereusement de mon bureau d’écolier, puis s’arrêtait derrière moi pour vérifier mes improbables progrès par-dessus mon épaule.

Dans ces moment-là, j’oubliais jusqu’aux règles les plus élémentaires, tant j’étais obnubilé par une seule préoccupation : la survie de mes oreilles.

Mon père répétait lentement derrière mon dos d’une voix que je pressentais déjà lasse :

― Je disais donc : les enfants chantaient. Qui est-ce qui chantaient ? Les enfants… Que mettra monsieur Tiné à la fin de chantaient ?

Mais déjà je ne l’entendais plus. Ces enfants joyeux qui chantaient m’emmerdaient terriblement, et je n’avais plus qu’une idée : m’enfuir. Car il ne faisait plus aucun doute que j’avais encore fait une faute impardonnable.

Alors, je me retournais vers papa, le regardais droit dans les yeux et, évitant toute réflexion qui de toute façon m’eût inévitablement conduit à l’erreur, je disais tout à fait au hasard :

― a-i-s.

La main de papa s’approchant brutalement de mon oreille, je comprenais aussitôt mon erreur. Esquissant le petit sourire entendu de celui qui tout à coup vient d’avoir une illumination, je corrigeais :

― Non, non, a-i-t.

Cinq minutes plus tard, je me retrouvais une fois de plus dans ce havre de paix qu’était la classe de maman.

Après un premier ouvrage consacré à ses années d’enseignement (Du bonheur dans mon collège, éditions de Saint-Amans), Tiné Raynal nous livre un récit à la fois « pagnolesque » et chargé d’émotions. Motivé par l’idée de ne pas laisser s’éteindre le souvenir de ce personnage haut en couleurs avec sa disparition, il lui rend l’hommage que chaque père aimerait recevoir de ses propres enfants.

 

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